La cigale et la fourmi

La fable « La cigale et la fourmi » a fait rêver et a préoccupé des générations d’élèves. Combien l’ont apprise par coeur et combien ont subi la leçon de morale : « Voyez, chers enfants, la prévoyance, le travail, le sérieux qui garantissent l’avenir…

Prenez exemple sur la fourmi industrieuse et travailleuse et surtout ne soyez pas comme la cigale qui ne pense qu’à faire la fête et qui est incapable de gérer les difficultés. Pour elle c’est la déchéance et la mort… La fourmi n’a pas tout à fait tort »… « La fourmi n’est pas prêteuse, c’est là son moindre défaut », écrit La Fontaine… La fourmi aurait-elle d’autres défauts bien plus graves ? La Fontaine ne critique pas le travail de l’industrieux animal, mais c’est un manque de solidarité, l’égoïsme et peut-être la jalousie qui sont ici pointés. Le fabuliste a de la sympathie pour les artistes même si la bohème les guette, même s’ils sont parfois énervants. La cigale chante, elle fait vivre le monde avec un peu de joie, elle rythme les journées, mais elle meurt l’hiver. Un peu de sérieux ne lui ferait peut-être pas de mal… Mais cette fantaisiste ne serait-elle pas aussi artiste et créatrice ?

Les animaux servent de modèle aux humains que dépeint La Fontaine. Dans cette fable, la comparaison est aisée, le talent du conteur fait le reste.

En été nous avons souvent du temps : vacances, travail ralenti sont de mise. Où que nous soyons, l’observation de la nature est toujours intéressante : ainsi ces fourmilières qu’on rencontre en forêt, énorme tas de brindilles, feuilles, détritus végétaux de toutes sortes parfois apportés de loin au prix d’efforts gigantesques. Processions incessantes, activités ininterrompues, un va-et-vient formidable. La fourmi travaille sans cesse. Animal minuscule qui a traversé les âges, les ères, depuis des millions d’années, la fourmi est partout. Elle mérite attention, intérêt et respect.

Et la cigale alors ? Elle chante avec l’accent du Sud et du soleil. Avec elle c’est la bonne humeur, le farniente, le repos que l’on goûte. Elle est sympathique bien que parfois bruyante, mais on lui pardonne tout !

Seigneur, que ta Création est riche et intéressante. Elle fait rêver et nous permettra de traverser l’automne avec un peu de joie et d’espérance… Bonne rentrée !

Vincens Hubac

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Partir

L’aventure biblique est marquée par le voyage : celui d’Abraham abandonnant Ur pour la Palestine, celui de Moïse et des Hébreux sortant d’Égypte, l’exil à Babylone et le retour à Jérusalem. Toujours des temps forts, des moments où Dieu se révèle comme le Dieu des pères, le Dieu du peuple fidèle et épris de justice. Les discours prophétiques qui accompagnent ces voyages révèlent peu à peu Dieu qui apparaît en plénitude dans le Nouveau Testament : un Dieu amour comme l’écrit Jean. Le message de la grâce qui passe des Hébreux au monde implique des déplacements multipliés. À l’instar de Jésus qui ne tient pas en place, les apôtres se lancent sur les routes du monde. Sans mouvement, pas de rencontre, pas d’évangélisation.

L’humanité a toujours bougé. Partie d’Afrique il y a des millions d’années, notre espèce a peuplé le monde par vagues successives, et l’histoire nous apprend que les migrations ont été incessantes. Les routes existent depuis l’aube de l’humanité. La fuite, le commerce, la curiosité, la recherche de nouvelles richesses, l’échange culturel, l’aventure, la guerre sont des mobiles puissants qui poussent les hommes sur les routes. Aujourd’hui les étudiants vont en stage à l’étranger, les vacanciers volent vers des rives ensoleillées. D’autres peuplent des stades lointains pour des jeux olympiques ou des coupes du monde de foot!… Retour aussi sur les terres des ancêtres où l’on se ressource, ainsi tel village des Cévennes multiplie sa population par dix entre l’hiver et l’été ! Sans compter les déplacements pendulaires quotidiens des travailleurs. Va-et-vient de millions de personnes… L’humanité est une vraie fourmilière.

Hélas, catastrophes, misère ou guerre, politiques absurdes et injustes poussent des milliers de gens sur les routes de l’exode. Nouveaux horizons, lendemains qui chantent, espoirs donnent la force de tout abandonner… Mais la croissance des masses humaines est telle que les problèmes migratoires d’aujourd’hui ne sont que les prémices d’un avenir qui sera dur à gérer. Les drames dont la presse se fait écho – un enfant mort sur une plage ou un bateau errant de port en port – illustrent le quotidien de trop nombreuses personnes dans le monde. Ignorer le problème est criminel et ne résout rien. Refuser d’accueillir la détresse est moralement insoutenable. Accueillir tout le monde dans des conditions correctes nécessite un changement de mentalité et de société considérable et long à mettre en place…

L’information reste fondamentale, la révision des politiques internationales pour aider les pays de départ est nécessaire, accueillir quand on peut le faire est en grande partie la solution dans l’immédiat. Faire ce qu’on peut en ayant conscience que la diaconie est école de modestie est sans doute la voie la meilleure. Logeons, mettons en place le français langue étrangère, aidons à constituer des dossiers, etc. À chacun d’agir selon ses possibilités et ses charismes. Mais surtout, quand nous partons en vacances, n’oublions ni ceux qui restent ni ceux qui errent, en fuite, sur les routes du monde.

Vincens Hubac

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Bons bergers ?

Le culte de Pentecôte fut un moment très émouvant, pour moi certainement et je n’en doute pas pour vous tous. Voir ces catéchumènes, comme d’autres du secteur (et au-delà) avec lesquels ils avaient fait leur retraite professer leur foi avec leurs mots simples et vrais a été un moment très fort. Saurons-nous être les bons bergers de ces jeunes pousses et les laisserons-nous être nos bons bergers ? Laissons-nous interpeller.

« Je suis le bon berger » a dit Jésus de manière répétée. Les prophètes de l’Ancien Testament ont reproché de manière répétée aux rois d’Israël et de Juda d’être pour leur peuple de mauvais bergers et de l’entraîner dans des impasses même en ayant les apparences de sages administrateurs (souvenez-vous de l’édito de février sur le prophète Amos). Nous mettre en chemin derrière « le bon berger », notre seul médiateur, c’est un premier pas, mais il est loin d’être le seul.

Avons-nous été des bons bergers les uns pour les autres pendant l’année écoulée ? L’ai-je été pour la paroisse et pour vous ? Un simple regard en arrière m’oblige à beaucoup de modestie. Je dois d’abord exprimer ma reconnaissance envers celles et ceux, nombreux qui n’ont pas compté leurs heures pour boucler les articles, les mises à jour du site, les comptes, boucher les trous dans la grille, trouver les prédicateurs et organiser les événements (sans oublier les chantiers), instruire les enfants catéchisés, réarmer les coupe-circuits qui disjonctent, répondre aux appels que je leur ai généreusement refilés, rattrapé mes oublis… j’en oublie. Je ne peux omettre d’exprimer ma reconnaissance envers notre pasteure référente Dominique Hernandez et sa paroisse avec laquelle nous nous préparons à célébrer une fête flamboyante. J’ai surtout le sentiment qu’à l’instar de Paul, « j’ai été un serviteur inutile ».

Nous nous apprêtons à accueillir un pasteur qui intervient dans ces colonnes. Bien sûr, pasteur est synonyme de berger, nous le savons tous, mais devons-nous tout attendre de lui et tout remettre sur ses épaules ? Certainement pas. Comme Paul, nous sommes en course athlétique mais pas encore au but, il reste plusieurs stades à courir (faites la conversion en unités du système international si vous la connaissez), et tout peut arriver… Imaginons que, mis au défi dans une minuscule querelle de voisinage virant au vinaigre – pas celui qui prend son temps dans des fûts de chêne mais celui qui tournant trop vite a l’âcreté du fiel – nous courions le risque de jeter de l’huile sur le feu, à moins de parvenir, modestement, avec douceur et respect à rétablir les faits. À la rentrée dernière, je nous enjoignais, moi compris, à ne pas avoir peur. La Passion et Pâques nous l’ont rappelé récemment. Pour être de bons bergers, méditons cet autre conseil de Paul qui avait dû arbitrer à Corinthe une zizanie et avait été bien malgré lui instrumentalisé :
« Soyez soumis les uns aux autres en Christ. »

Jean-Louis Nosley

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